burninghat a des idées courtes

Il serait temps que les gens, notamment en Occident, comprennent qu'il ne peut y avoir d'états réellement souverains ni de démocratie tant que les pays empruntent à des banques privées et ont des dettes extérieures.
Dans une démocratie, l'anonymat est la règle, et on ne place sous surveillance que quelqu'un qui est soupçonné d'avoir commis une infraction. Tout ce qu'on fait sur internet laisse par ailleurs des traces, alors qu'on laisse moins de trace en allant à une manifestation. La notion d'anonymat sur internet est très mal comprise en général par ceux qui le dénoncent.

Jean Marc Manach sur Bug Brother.

Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêt et qui se fixe comme modalité, d’associer à parts égales, chaque citoyen dans l’expression de ces contradictions, l’analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vu d’arriver à un arbitrage

Paul Ricoeur

Aujourd'hui, une idée longue et à tendance citoyenne. Désolé!

Il y a une grande effervescence sur Internet depuis le "couac" du système d'e-vote de Genève. Avec notamment la lettre ouverte du Parti Pirate Suisse demandant l'arrêt pur et simple des essais de ce système, avec l'ami @SwissTengu qui pointe du doigt différentes défaillances techniques et le manque de transparence du système utilisé à Genève. Ce fut même le thème d'En Ligne Direct ce matin, la fameuse émission de la RTS qui flood agite Twitter tous les jours.

Ce qui me chagrine dans ce "débat" c'est qu'on pointe surtout des points qui sont certes importants mais largement secondaires face à ce qui me parait, pour moi, le vrai problème initial du système proposé. Alors oui bien sûr il y a d'énormes avantages de conforts, notamment pour les suisses expatriés. ça serait aussi génial pour tenter d'augmenter le taux de participation. C'est indéniable.

Et il y a les problèmes techniques, notamment tout ce qu'a soulevé SwissTengu dans les articles liés ci-desssus. Des problèmes d'ailleurs tellement graves parfois que des pays comme les US y renoncent pour le moment et qui s'expliquent très bien[pdf].

Eh bien pour ma part, je m'en fous de tout ça en fait, ce n'est que bullshit et masque de fumée du vrai problème.

Eh oui, je m'en fous parce que le vrai problème pour moi n'est pas là. Pour moi le vrai problème est très simple: les citoyens et surtout les citoyens "non-informaticiens" sont exclus du processus et doivent lui faire une confiance aveugle. Et ça c'est juste l'inverse d'un vote démocratique selon moi. Un vote doit impliquer des citoyens présents pour surveiller que le remplissage des urnes se passe de manière juste, des citoyens présents pour dépouiller les bulletins, se rendre des comptes bulletins invalidés, etc. Bref, un vote doit inclure des citoyens dont la seule compétence est de savoir lire et écrire (comme le dit si bien par exemple l'article 65 du code électoral de nos voisins français). Bon, et compter aussi :-)

On critique beaucoup les problèmes du vote par correspondance pour justifier le vote électronique alors que ce premier inclut toujours le citoyen dans le processus d'ouverture des enveloppes et du dépouillement. Il reste donc très largement meilleur à mon humble avis. D'ailleurs les défenseurs de l'e-vote m'ont semblé avoir tendance à ne considérer le rôle du citoyen dans le vote que d'un seul et unique côté: le citoyen qui dépose son bulletin dans l'urne. C'est bien mais ce n'est que la moitié de l'histoire, et encore.

Pour résumer ma pensée, le droit de vote doit inclure le droit de surveiller tout le processus par le citoyen. Et pas le citoyen expert en x ou y technologie mais bien le citoyen "lambda". Le peuple n'a pas à avoir confiance en un système qui lui échappe et là je vais plus loin que mes potes informaticiens parce que je ne crois pas que la simple ouverture des sources et des compilateurs soit suffisante. Parce que ça implique que le peuple doive faire confiance cette fois non seulement au système mais aussi à une poignée de geeks capables de comprendre le système, ça ne change donc pas grand chose au fond du problème. Le bon vieux système du vote papier - en allant aux bureaux de votes ou par correspondance - peut être compris et suivi en tant réel par le peuple sans compétences techniques préalables hors lire et écrire et c'est ce qui le rend le seul vraiment démocratique.

Le e-vote en l'état actuel des choses n'est donc absolument pas démocratique mais contraire à cette idée puisque l'outil de contrôle du pouvoir du peuple est détaché du peuple. Or, Abraham Lincoln le disait si bien, la démocratie c'est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Le e-vote, en l'état actuel, n'est qu'un parasite de ce système pouvant potentiellement le corrompre sans que le peuple n'en sache jamais rien.

Non seulement les tests doivent donc cesser mais il serait peut-être bon de réfléchir à l'impact de cet outil dans les résultats de votations où il a été testé précédemment aussi.

Ceci dit et pour conclure à la façon de Marvin, je n'ai aucune confiance pour que ça s'améliore parce que ce même peuple semble si déterminé à renoncer à ses droits et devoirs les plus fondamentaux pour un peu d'illusion de confort...